Publié : 5 septembre 2008

Le jazz

"Je me rappelle, je me rappelle...

Ma tête rythmant

Quelle marche lasse le long des jours d’Europe où
parfois

Apparaît un jazz orphelin qui sanglote sanglote
sanglote

"Joal", Chants d’ombre de Léopold Sedar Senghor

Ce genre musical apparu dans le sud des Etats-Unis au début du XXème siècle a des origines africaines et occidentales. A partir de deux caractéristiques : le swing et l’improvisation, son évolution a été permanente.


L’origine du jazz

L’origine exacte du terme "jazz" est toujours controversée. Certains y voient la déformation de "jaser", une expression créole française de La Nouvelle Orléans qui signifie discuter gaiement sur de petits riens. D’autres font remonter l’expression à "jazz-belle", altération de "jezebel", un mot utilisé par les cajuns (se dit des francophones de Louisiane) pour désigner les prostituées. Une autre interprétation veut que certains Blancs racistes du sud des États-Unis appellent cette musique "jass music" ("musique de cul").

Une chose est sûre, le terme fait bien référence à la parole, à la danse et au sexe. Le jazz est une musique extrêmement complexe, qui emprunte aux éléments africains mais aussi européens. C’est certainement cette faculté d’adaptation qui a su séduire Noirs et Blancs indifféremment et en faire une musique intemporelle, toujours actuelle.

Au début du 17e siècle, les Africains sont déportés en masse vers les plantations du sud des Etat-Unis, dans le cadre du commerce triangulaire. A leur arrivée en Amérique, les familles noires sont dispersées et leurs propriétaires interdisent l’utilisation d’instruments de musique africains, comme le tambour, ainsi que la pratique de coutumes religieuses. C’est dans ce cadre de privations que vont naître les formes primitives du jazz. Les esclaves ne possédant rien s’expriment musicalement qu’avec leur corps c’est-à-dire leurs mains, leurs pieds et leur voix en s’adaptant aux nouvelles formes culturelles. C’est l’influence africaine vocale et rythmique du jazz. Différentes situations ont créé trois types de chants : les chants de travail (les worksongs) hérités des chants africains, les gospels et les spirituals dérivés de la religion protestante, auquelle les Noirs sont contraints d’adhérer, et le blues, qui exprime leur désespoir.

Les éléments européens viennent des colons anglais, espagnols, portugais et français qui se sont installés en Amérique à la fin du 15e siècle. L’utilisation d’instruments européens, comme le piano, donne naissance au ragtime, une musique qui influencera fortement le jazz à ses débuts, ou des orchestres d’harmonie ou fanfares (cuivres et batterie).

En haut


Caractéristiques du jazz

Le jazz est une façon de jouer caractérisé par deux éléments principaux :

-  le swing ou balancement, c’est la cadence rythmique dans l’accompagnement, la mélodie et les effets sonores (grognements, emploi de différents types de sourdines conformément à la tradition africaine),

-  l’improvisation ou la libre utilisation d’un canevas initial musical par les musiciens et chanteurs.
Par son rythme, ses couleurs, l’atmosphère de ses clubs, le jazz est une source d’inspiration pour d’autres artistes, peintres, sculpteurs ou photographes.

Sacha Chimkevitch, le peintre du Jazz, auteur notamment de plusieurs affiches de festival, il a côtoyé les plus grands musiciens de jazz qui disaient retrouver leur « swing » dans ses toiles.

En haut


Evolution du jazz

Le jazz de la Nouvelle Orléans à partir de 1900

D’abord entonné par les orchestres de rue qui en font une musique de divertissement, mélangeant Brass Bands (fanfares) et musique de carnaval, le jazz pénètre rapidement dans les bars et les lieux chauds de la Nouvelle Orléans.

Les années 1920 et 1930 font de cette forme une musique populaire. Malgré la ségrégation raciale le style New Orleans est la première musique noire à se faire mondialement connaître. Elle est jouée par de nombreux musiciens qui assurent deux fonctions distinctes : la section rythmique d’abord, composée d’une batterie pour le tempo, d’un piano ou d’un banjo qui fournissent les harmonies, puis d’une contrebasse qui joue les accords fondamentaux. La section mélodique ensuite, avec dans le rôle principal le cornet à pistons ou une trompette, une clarinette qui brode autour du thème et un trombone qui ponctue ce thème. Dans l’histoire légendaire du jazz New Orléans, on retiendra :

Sidney BECHET (1893-1959), clarinettiste et saxophoniste au jeu flamboyant. | |

Louis AMSTRONG (1899-1971), trompettiste génial et chanteur à la voix rauque, chaleureuse et expressive. Il est l’inventeur de la technique d’improvisation vocale le « scat ».



Le jazz de Chicago

Des musiciens blancs forment l’école des Chicagoans, adeptes du style dit « Chicago », un jazz plus romantique. Le cornettiste, pianiste et compositeur Léon Bix Beiderbecke est l’ambassadeur du jazz noir auprès d’un public blanc réticent, c’est un style proche du style New Orleans mais les solos se développent et le saxophone est de plus en plus utilisé.

Le swing de 1925 à 1940

Le swing est la véritable définition rythmique du jazz. Pour beaucoup de spécialistes, la musique d’avant le swing n’est pas du jazz, "car elle ne swingue pas !", ce "balancement" (sens originel du mot) si particulier qui affole les foules et favorise la danse. Avec le swing, les orchestrations se complexifient, les rythmiques et les mélodies se font plus raffinées. Dans les années 30, apparaissent des orchestres de douze à vingt musiciens : les "big bands", généralement composés d’une section rythmique - piano, guitare, contrebasse, batterie - et d’une section de cuivres - trompette, trombone, saxophone et clarinette.

Duke Ellington (1899-1974) pianiste et chef d’orchestre.

« Joue-moi la seule « solitude », Duke, que je pleure jusqu’au sommeil ».

("Ndéssé ou blues" dans Chants d’ombre de Léopold Sédar Senghor)

Le Be-bop

Charlie ParkerLe jeu collectif ne permettant pas vraiment l’improvisation et les solos, les musiciens ressentent des difficultés à s’exprimer dans un big band. C’est ainsi que le jazz en petite formation devient la mode des années 50. Le be-bop est le mouvement principal de cette période. Il se joue souvent en quintette (ensemble de cinq instrumentistes) et sur des morceaux très rapides. Pour les musiciens bops (Coleman Hawkins, Lester Young, Charlie Parker 1920-1955 saxophoniste surnommé Bird, le plus grand soliste du Be-bop), l’improvisation est d’une importance capitale.

Le jazz cool à partir de 1950. Il s’est développé parallèlement sur les côtes Est et Ouest des Etats-Unis, à New York avec Miles Davis (1924-1991) et en Californie avec Chet Baker (1929-1988) tous les deux étaient trompettistes.

Le hard-bop dans les années 1950

C’est dans le contexte tendu de la lutte anti-raciale que naît le hard-bop dans le ghetto de Harlem à New-York en réaction à la domination des musiciens blancs sur les périodes précédentes du swing et du jazz-cool. Le hard-bop repose sur des rythmes rapides, parfois violents. Ainsi Charles Mingus (1926-1967) mélangeait dans ses œuvres percussions africaines, rythmes latins et arrangements classiques pour dénoncer la ségrégation raciale.

Le free jazz à partir des années 1960

Ornette ColemanHéritier des bouleversements sociaux et politiques de la lutte des afro-américains pour l’acquisition de leurs droits civiques, fils de la fureur revendicatrice du hard bop, le free jazz entend faire table rase des traditions. Les musiciens du free jazz réclament la suppression de toute contrainte rythmique et harmonique. Le mot d’ordre est "improvisation absolue". Ornette Coleman, Don Cherry, Cecyl Taylor et John Coltrane en sont les représentants les plus extrêmes. Sur scène les musiciens du free jazz développent un engagement véritablement physique avec leur instrument. Le flux d’énergie qu’ils dégagent est proportionnel à leur croyance en de très forts idéaux.

Les influences se mondialisent également : Inde, Afrique, Chine... Les musiques des quatre coins du monde sont invitées à participer à la liturgie free jazz. A l’image du rock d’alors, les durées s’étirent. Pour l’exemple, le saxo ténor John Coltrane pouvait installer l’auditoire dans un climat exotique (ou futuriste) de près de 14 minutes ! L’époque est à la recherche, à la spontanéité.

Le rock ou jazz fusion à partir de 1970

De mixages en emprunts, de revival en influence, le genre accouchera, dans les années 70 et 80, du "jazz rock" et du style "fusion". Les instruments s’électrifient, guitare, basse électrique et synthétiseur, des groupes comme Weather Report, mais aussi des musiciens comme Chick Corea, Herbie Hancock, John Mc Laughlin, Jaco Pastorius ou l’éternel touche-à-tout, Miles Davis vont tenter toutes les expériences à la frontière du funk, du rock et de la World-Music.

Le jazz aujourd’hui est ouvert à toutes les influences : musique savante, musique populaire, folklore de tous les pays.

Nathalie Courtot (1BP1) Precilia Gutugutulua, Anne-Marie Delpouve, Yvana Holosi et Nelson Ajapuhnya (TBP3)